Salaire CDI vs TJM freelance : convertisseur expliqué
Comment convertir un salaire CDI en TJM freelance équivalent : formule, table CDI 45k à 120k, charges par statut (EI, SASU, EURL, portage) et coûts cachés à intégrer.
Salaire CDI vs TJM freelance : convertisseur expliqué
Quitter un CDI confortable pour passer freelance ne se résume pas à diviser son salaire annuel par 218 jours travaillés. Entre les charges sociales, les coûts cachés (vacances, intercontrats, mutuelle, RC pro) et la fiscalité du statut choisi, le TJM "à viser" est presque toujours plus élevé que la première intuition. Voici la méthode complète pour traduire un salaire CDI en TJM cible, sans se faire piéger.
La formule de base : entre 1,2 et 1,5 fois le salaire mensuel brut
La règle empirique la plus répandue dans le métier est la suivante :
TJM cible ≈ Salaire mensuel brut × 1,2 à 1,5
- Le coefficient 1,2 s'applique aux statuts les plus optimisés fiscalement (SASU avec arbitrage salaire/dividendes, EURL à l'IS bien pilotée).
- Le coefficient 1,5 correspond aux statuts les plus chargés (portage salarial, EI à l'IR plein) et aux profils qui veulent conserver une marge de sécurité confortable.
Exemple immédiat : un consultant payé 5 000 € brut/mois en CDI (60 k€ annuels) devrait viser entre 6 000 et 7 500 € de chiffre d'affaires mensuel en freelance, soit un TJM cible de 300 à 375 € pour 20 jours facturés... ce qui est très en dessous des standards du marché IT. C'est exactement là que se cache le piège : le salaire brut n'inclut pas la part employeur, qui pèse 40 à 45 % de plus.
Table d'équivalence CDI → TJM cible
Le tableau ci-dessous part du package brut annuel (salaire + primes, hors variable), ramène un coût employeur complet et donne le TJM cible pour maintenir un niveau de vie équivalent, statut société (SASU/EURL) à l'IS.
| Salaire CDI brut annuel | Coût employeur (×1,42) | TJM cible société | TJM cible portage | TJM cible micro-EI |
|---|---|---|---|---|
| 45 000 € | 63 900 € | 360 - 420 € | 480 - 550 € | 320 - 380 € |
| 55 000 € | 78 100 € | 440 - 510 € | 580 - 660 € | 390 - 460 € |
| 65 000 € | 92 300 € | 520 - 600 € | 680 - 780 € | 460 - 540 € |
| 80 000 € | 113 600 € | 640 - 740 € | 840 - 960 € | 570 - 670 € |
| 100 000 € | 142 000 € | 800 - 920 € | 1 050 - 1 200 € | 720 - 840 € |
| 120 000 € | 170 400 € | 960 - 1 100 € | 1 260 - 1 440 € | non recommandé |
Lecture : un Senior payé 80 k€ brut en CDI grand compte doit viser un TJM autour de 650 à 740 € en société pour conserver son niveau de vie, et autour de 850 € s'il choisit le portage. Au-delà de 100 k€ de package CDI, le micro-entreprise atteint ses limites (plafond de 77 700 € de CA en BNC) et la SASU/EURL devient indispensable.
Les charges par statut, sans illusion
Le TJM cible dépend directement du taux de prélèvements appliqué selon votre forme juridique. Ordres de grandeur observés :
- Entreprise individuelle (EI) classique à l'IR : charges URSSAF ≈ 45 % du bénéfice net, plus l'impôt sur le revenu progressif. Simple à piloter, mais lourd au-delà de 70 k€ de CA.
- Micro-entreprise (BNC) : prélèvement libératoire ≈ 24,2 % sur le CA (cotisations sociales 22 % + IR 2,2 %), plafond de 77 700 € de CA par an. Imbattable jusqu'à ce plafond, inopérant ensuite.
- SASU à l'IS avec arbitrage salaire/dividendes : ≈ 30 à 35 % de prélèvements globaux quand le mix est bien calibré (rémunération de gérance + dividendes après IS + flat tax 30 %). Optimum à partir de 80 k€ de CA.
- EURL/SARL à l'IS : ≈ 40 % de prélèvements moyens (régime TNS plus chargé que celui d'un président de SASU, mais protection sociale similaire).
- Portage salarial : ≈ 50 % de prélèvements (cotisations salariales + patronales + frais de gestion 8-10 %). Plus simple, plus sécurisé, mais le moins optimisé fiscalement.
Le différentiel entre une SASU et un portage représente facilement 15 à 20 points de TJM cible sur un même niveau de vie. Voir le comparatif détaillé dans Freelance vs portage salarial : quel statut choisir.
Les coûts cachés que personne ne calcule
Le CDI inclut, par construction, une série d'avantages que le freelance doit auto-financer. Les principaux postes :
- Vacances et jours fériés : un salarié bénéficie de 5 semaines de CP et ~11 jours fériés, soit ~36 jours non travaillés payés. En freelance, vous facturez ~218 jours/an et non 252 — la "perte sèche" est déjà intégrée dans la formule, mais beaucoup l'oublient.
- Maladie : pas d'indemnités journalières correctes en TNS sans surcomplémentaire. Prévoir une prévoyance (≈ 80 à 200 €/mois).
- Intercontrats : sur une année, comptez en moyenne 15 à 25 jours sans mission facturée (1 à 2 mois). Soit ~7 à 11 % du CA potentiel à provisionner.
- Mutuelle santé : ~ 60 à 150 €/mois pour une famille, vs prise en charge ≈ 50 % par l'employeur en CDI.
- Responsabilité civile professionnelle (RC pro) : 300 à 700 €/an obligatoire pour la plupart des missions grands comptes.
- Formation : 1 000 à 3 000 €/an pour rester à jour (certifs cloud, AI, sécurité). En CDI, c'est budgété par l'employeur.
- Comptabilité et juridique : 80 à 200 €/mois pour un expert-comptable en société, 0 € en micro.
- Matériel : ordinateur, écrans, abonnements logiciels (~1 500 €/an amorti).
Cumul moyen pour un freelance en société : 6 000 à 10 000 €/an de coûts cachés à intégrer au-dessus du salaire net visé.
Le "vrai" TJM cible : la méthode pas-à-pas
Pour ne pas se tromper, déroulez ce calcul :
- Net mensuel CDI souhaité (ex. 4 000 € net/mois).
- Annualisez et brutifiez : 4 000 × 12 × 1,78 (coefficient net → brut chargé total côté employeur) ≈ 85 000 € de coût employeur.
- Ajoutez les coûts cachés : +8 000 €/an → 93 000 € de CA cible.
- Divisez par les jours réellement facturables : 218 jours théoriques × 90 % de remplissage (intercontrats) = 196 jours.
- TJM cible = 93 000 / 196 ≈ 475 € en société à l'IS, et ≈ 600 € en portage.
Exemple complet : un dev senior à 70 k€ CDI vise 620 €/jour
Prenons un développeur full stack senior payé 70 k€ brut/an (≈ 4 200 € net/mois), en SASU à l'IS :
- Coût employeur reconstitué : 70 000 × 1,42 = 99 400 €.
- Coûts cachés à couvrir : ≈ 8 000 € (RC pro, mutuelle, prévoyance, compta, formation).
- CA cible total : 107 400 €.
- Jours facturables : 220 × 90 % = 198 jours.
- TJM cible ≈ 545 €... pour égaler le CDI.
Mais le freelance prend le risque, gère la prospection et investit dans son propre développement. La pratique du marché ajoute 10 à 15 % de prime de risque, soit un TJM "juste" autour de 620 €/jour. C'est exactement la fourchette Senior Dev de la grille TJM par expertise.
Les pièges les plus fréquents
- Comparer son TJM à son salaire brut sans inclure la part patronale : sous-estimation systématique de 40 %.
- Oublier l'inter-contrat : un freelance "à 700 €/jour" qui facture 180 jours/an gagne moins qu'un CDI à 65 k€.
- Sous-estimer la fiscalité société : l'IS à 15 % puis 25 %, plus la flat tax sur dividendes, plus l'IR sur la rémunération, font vite chuter le net en poche.
- Penser que le portage est "trop cher" : à 8-10 % de frais, il reste compétitif pour un consultant qui ne veut pas gérer la comptabilité et préfère la sécurité d'un bulletin de salaire.
Bien dimensionner son TJM, c'est le meilleur moyen de durer en freelance sans regretter son CDI. C'est aussi un argument décisif quand une ESN partenaire vous accompagne dans la négociation client. Pour un comparatif des canaux de mission, voir pourquoi passer par une ESN comme ForTeam IT.
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